J'ai donc visité l'exposition dédiée à Alberto Giacometti au Centre Pompidou. Avant de parler de l'exposition elle-même je saisi l'occasion pour confirmer, à ceux qui en doutaient, que la commande et l'impression des tickets de chez soi via Internet est impérative si on veut échapper à une file faisant bien 100m à l'extérieur du bâtiment. Le ticket pré imprimé donne accès à l'expo sans aucun temps d'attente. Pour nous qui venions de Bruxelles pour la journée, une heure de gagnée vaut son pesant.
Nous voilà donc au second étage de Beaubourg dont l'architecture, même 40ans après sa construction, surprendra toujours.
L'expo est un judicieux mélange d'oeuvres, de photographies, d'évocations de l'atelier de Giacometti, de coupures de presse, et de pages de ses multiples carnets de notes dont il ne se séparait jamais. Une première salle montre la période cubiste de l'artiste, précédée des peintures du père d'Alberto. On y découvre certaines compositions effectivement très cubistes et déjà la recherche d'un minimalisme. Une oeuvre 'Regard' n'est pas plus qu'une galette de plâtre dotée de deux creux ovales perpendiculaires. On devine alors facilement un visage de profile, les creux représentants le nez et les yeux. Giacometti tente peut être de répondre à la question du minimum d'apport qui doit venir de l'artiste pour représenter une forme humaine. je crois que c'est une question que beaucoup d'artistes se posent, dans la recherche vers l'essentiel (réflexion perso faite en 2006). En musique, quel est le nombre minimal de structures ou de notes qu'il faut pour faire une "musique" ? Ecoutez les musiques tribales...
Viennent ensuite plusieurs espaces d'exposition avec les œuvres les plus connues de Giacometti; parmi elles évidemment les hommes stalagmites, filiformes, élancés. Vus de près, et l'un à côté des autres, ces sculptures m'ont fait un tout autre effet que ce que j'avais ressenti via photographies. Ces sculptures filiformes sont réellement angoissantes. On dirait des êtres dont toute émotion, tout communication, toute envie a été ponctionné; on peut dire que toute humanité leur a été retirée sauf... la peau et les os.
Une vision m'est venue, celle des photographies et films faits à la libération des camps de concentration en 1945 par les alliés, montrant des gens hagards, inanimés, rescapés de l'abime de l'humanité. Ces œuvres sont datés d'après la guerre donc je crois réellement que ces images ont dû marquer Giacometti et il y trouvait peut être un miroir à sa propre angoisse permanente. Angoisse dont ces nombreux carnets de notes témoignent abondamment.

L'exposition m'a aussi fait prendre conscience de l'endroit où travaillait Giacometti; un atelier miteux d'à peine une vingtaine de mètres carrés avec pour seule lumière un mur doté d'une large fenêtre, chauffé avec un petit poêle style Godin (ce qui en soit était loin d'être exceptionnel à l'époque).
J'ai lu sur d'autres blogs des critiques assez sévères sur l'exposition. Personnellement, n'étant qu'un visiteur lambda, sans connaissances particulières de l'œuvre de l'artiste j'ai trouve cette exposition très aérée, facile d'accès, intéressante. Il est vrai que plus d'explications, quelques panneaux didactiques auraient pu aider l'amateur moyen que je suis à encore mieux entre dans l'univers de l'artiste, de voir les liens avec les gens de son entourage ( Picasso, Sartre, ...).
Seule déception, néanmoins prévisible, de la journée; l'interdiction de faire des photos dans l'espace d'exposition.