
J'ai eu beaucoup de plaisir à visiter l'exposition "De l'expression à l'abstraction; la force de l'émotion" à la Galerie sans Nom à Saint-Gilles. Le site de la galerie renseignera sur l'ensemble des artistes sculpteurs et peintres qui participent à cet évenement.
Deux artistes ont particulièrement retenu mon attention.
Tout d'abord Scorbiac.
Commençons par cette porte.
Les inscriptions sur la porte nous font comprendre que le messager est à l'intérieur d'un édifice. Il en sort serein, non pressé. Il ne s'agit pas d'une fuite face à quelque chose qu'il aurait découvert à l'intérieur. Qui est dedans, et qui est dehors ? Ce messager pourrait autant être sur le point de vouloir venir vers nous, de sortir donc, que d'être en train de se remplir les poumons d'air afin de nous appeler par un cri. Ils viendrait nous chercher afin qu'on pénètre avec lui vers la chambre cachée abritant ses découvertes. "Un ami qui vous veut du bien." Méfiance. Si c'est un appel, pour autant notre messager ne fait aucun geste pour nous inciter de force pénétrer avec lui de l'autre côté. Il nous laisse donc toute liberté de réponse; on pourra toujours feindre de ne pas l'avoir entendu. A nos risques et périls; à force de simuler l'handicap auditif, on risque la surdité.
Chacun sa boule, sa sphère.
Bien que ces être se regardent et interagissent entre-eux, il y a bien une relation bijective entre chaque personnage et sa sphère. "C'est mon monde, et pas le tien". Bien qu'ils soient proches l'un de l'autre et que la disposition alignée suggère une appartenance à un groupe, il va leur être impossible de partager une sphère, de s'extraire de cette mathématique du un qui régit ce monde. Ces individualités alignées sont-elles soumises à une inébranlable loi des séries? Uniques, mais seuls. Aucun ne veut s'échapper, voire se rebeller d'être là. Tous se satisfont de leur petite boule (leur petite auto, leur petit chapeau,...), perchés bien haut au-dessus du socle. Aussi rassurant que puisse être leur situation, il y a quelque chose de triste dans cette hauteur et cette distance sécuritaire fixe qui les sépare. Prisonniers de leur petits globes, rien ne permet à ces personnages d'espérer trouver une voie plus proche du voisin, d'échanger avec son prochain autre chose qu'un regard ou un cri.
Mon deuxième coup de coeur est pour Marc Perez avec ses objets volants ( ou flottants?)

Cette barque-pirogue semble se laisser aller avec le courant, ou, pire, reste ancrée par les pieds au fond de l'eau. Le fond est bien bas. Point d'animaux dans cette Arche de Noë, remplacés par des objets sans doute tout autant inutiles d'indescriptibles. Objets incongrus, abimés, rouillés, cuits et sans valeur.Depuis combien de temps cette barque attend-elle là? Quel rôle pour l'eau dans cette oeuvre ? C'est l'histoire d'un mec... qui a accumulé pleins d'objet, les a mis dans sa barque et a lancé son embarcation sur les flots. Le roulis, le tangage ainsi que les courants de l'eau qui enveloppe ses jambes lui font croire qu'il est loin, qu'il progresse, qu'il se rapproche du but... La berge doit déjà être loin derrière lui et l'autre rive doit être toute proche se dit-il. Mais tout cela n'est qu'illusion. La vase a dissout ses pieds et le courant tourbillonnant et perpétuel, a rendu ses jambes insensibles, au point de disparaitre. Deslors, ce marin qui a perdu tout sens du mouvement, du sens et de la vitesse; combien de temps faudra-t-il pour qu'il s'en rende compte ? Pourra-t-il comprendre les signes, telle la colombe qui revient avec un rameau d'olivier, lui montrant que cette agitation météorologique et marine n'a fait rien d'autre que de masquer son immobilisme et sa résignation?